Document indispensable pour faire le lien entre l’hôpital et la médecine de ville, la lettre de liaison médicale est obligatoire depuis le 1er janvier 2017. Bientôt quatre ans après sa mise en place, est-elle conforme aux attentes des médecins généralistes ? Et peut-elle être améliorée ?

La lettre de liaison médicale, une meilleure communication entre l’hôpital et la ville

Un décret de juillet 2016 a instauré la « lettre de liaison », devenue obligatoire au 1er janvier 2017, en partant d’un constat alarmant : 6 % des patients présentaient des effets indésirables évitables à la sortie d’une hospitalisation (1). En cause, un manque de communication entre praticiens hospitaliers et médecins de ville.

Le décret décrit même le contenu et le mode de transmission de la lettre de liaison, et un document de 2019 détaille sa forme et son contenu avec précision.

Bien sûr, la communication doit passer dans les deux sens. Le patient doit arriver dans l’établissement muni d’une lettre de liaison rédigée par le médecin adresseur, contenant les motifs de la demande d’hospitalisation, mais aussi les traitements en cours et les allergies connues. 

L’efficacité de la lettre de liaison médicale pour assurer continuité et cohérence des soins

Ce  dispositif semble idéal pour replacer le médecin traitant au cœur du parcours de soin du patient, et d’en garantir la continuité. Mais qu’en est-il en pratique ?

Pour répondre à cette question, une thèse a été consacrée au sujet en 2019 : « La Lettre de Liaison de Sortie d’Hospitalisation au Centre Hospitalier de Dax : qu’en attendent les médecins généralistes ? », du Dr Diane Bloch. Cette thèse, élaborée dans un contexte local et sur un échantillon limité, n’a pas valeur statistique. Mais elle est riche d’enseignements.

Les médecins généralistes ayant participé à l’étude reconnaissent l’efficacité de la lettre de liaison pour assurer la continuité et la cohérence des soins des patients. Elle constitue un réel outil de collaboration entre les médecins hospitaliers et généralistes.

Ces derniers émettent toutefois certaines remarques ou critiques. Par exemple, l’absence de « cheminement logique » dans l’information : le raisonnement médical n’y est pas détaillé, le caractère formateur des lettres de liaison laisse à désirer. Ils regrettent également une lettre parfois de longueur excessive car surchargée d’informations non pertinentes, des formats hétérogènes qui compliquent la lecture rapide et efficace des courriers. Ils insistent aussi sur la nécessité de recevoir le courrier le jour de la sortie du patient par messagerie sécurisée et soulignent le défaut de communication en cas de décès d’un patient.

Des pistes d’amélioration suggérées…

En fin de compte, la lettre de liaison (qui comprend en particulier des informations sur le traitement et sa durée, les actes à programmer, les surveillances particulières, ou encore les éventuels événements indésirables survenus pendant l’hospitalisation), est utile et même nécessaire. Mais elle pourrait être plus efficace encore. L’auteure de la thèse propose ainsi des pistes d’amélioration pour le Centre Hospitalier de Dax, où l’étude a été menée :

  • l’abandon du manuscrit au profit de la saisie informatique ;
  • la remise en main propre de la lettre au patient, conformément aux exigences de la HAS (mais avec une explication de la lettre au patient pour éviter les malentendus et mauvaises interprétations) ;
  • l’envoi simultané de la lettre par messagerie sécurisée – une demande forte des médecins généralistes ;
  • la création d’un document unique dans les « situations simples », pour laisser plus de temps à la rédaction des comptes-rendus d’hospitalisation des cas plus complexes ;
  • un certain degré de standardisation pour réduire l’hétérogénéité des lettres de liaison ;
  • une distinction, dans la lettre, entre « motif d’hospitalisation » et « synthèse médicale du séjour » ;
  • la suppression des intitulés type « QCM » qui, s’ils répondent aux critères de qualité de la HAS, n’apportent pas une information qualitative au médecin généraliste ;
  • la systématisation de l’appel téléphonique au médecin traitant en cas de décès d’un patient.

 … souvent simples à mettre en œuvre grâce aux nouvelles technologies

La plupart de ces améliorations pourraient être portées par les nouvelles technologies (logiciels, moyens de communication…) : saisie, standardisation mais personnalisation, envoi immédiat par messagerie sécurisée, format mieux adapté… Pour un parcours de soin toujours plus sûr et sécurisé ! 

Pour approfondir cette thématique, Doctolib et le CHP Saint-Grégoire vous invitent à regarder le replay de la conférence « Comment faciliter le parcours de soin du patient entre la ville et l’hôpital » qui s’est tenue le 12 octobre dernier.

L’équipe Doctolib.

 

(1)  Forster AJ, Murff HJ, Peterson JF, Gandhi TK, Bates DW. The incidence and severity of adverse events affecting patients after discharge from the hospital. Ann Intern Med. 2003 Feb 4;138(3):161-7