Kinésithérapeute depuis 10 ans, Camille Champavère exerce dans une MSP à Vénissieux (69). Membre du Conseil médical de Doctolib, invitée des Rendez-vous du Doctolab dédiés à la qualité de vie au travail (QVT) des kinés, elle dévoile ses sources de satisfaction au travail et pointe les pistes d’amélioration. Retrouvez ses solutions et celles de cinq autres kinés dans le livre blanc que Doctolib consacre au sujet.

Qualité de vie au travail et santé au travail, deux notions qui se complètent

Que vous évoque le terme “qualité de vie au travail” ?

Qualité de vie au travail et santé au travail sont deux notions très proches. La QVT regroupe tout ce qui va nous permettre de nous sentir bien et de ne pas être trop envahis par le travail,  c’est une bulle à ne pas envahir ou percer. Une bulle de « bien être ». C’est tout ce qui va impliquer notre santé. Prendre le temps de manger, de faire des pauses, de ne pas être tout le temps dans le travail… Tout ce qu’on n’arrive pas à faire !

Quelles sont vos principales sources de satisfaction au travail ?

Avoir un espace à soi, qu’on peut personnaliser. Ne pas avoir à répondre au téléphone. Pouvoir travailler tranquillement, se consacrer à son travail et pratiquer comme on l’entend, sans avoir trop de contraintes. Avoir le temps de faire une pause. Avoir du temps en fait, tout simplement ! C’est un luxe, dans notre boulot. Dans cette optique-là, tout ce qui va nous simplifier la vie et nous faire gagner du temps est positif. 

L’avez-vous justement, ce luxe ?

Non. Mais depuis  le confinement, j’ai réussi à me dégager deux demi-journées par semaine, ce que jusque-là, je ne faisais jamais. D’habitude, je travaillais cinq jours, avec de gros horaires. Désormais, je travaille trois jours et deux matinées avec de très gros horaires ! Je suis néanmoins contente d’avoir pu me préserver ce temps-là, je vais tout faire pour le garder. Même si la tentation est grande de travailler ces jours-là ! 

Patients, confrères, cabinet : un environnement qui influe sur la qualité de vie au travail

Quels liens entretenez-vous avec vos patients? Quelle place ont les relations avec eux dans votre qualité de vie au travail ?

Les relations avec nos patients sont vraiment chouettes, globalement. Souvent, on sympathise avec eux, on se rend compte que nos patients nous ressemblent. Ils ont chacun leur vie, nous racontent leurs histoires, c’est très enrichissant ! Même si dans le lot, on a toujours quelques patients un peu plus pénibles…

Existe-t-il un lien entre votre environnement (lieu d’exercice, confrères, patients) et la qualité de vie au travail ?

Oui. Le lieu où l’on s’installe joue sur la qualité de vie au travail ainsi que sur les rapports avec les autres professionnels de santé. Si vous vous installez à la campagne, tout le monde se connaît, c’est plutôt bonne ambiance. En plus, les gens ont besoin de vous, vous êtes hyper bien vu ! Plus vous allez dans les villes, dans les grandes villes, plus les liens vont être lointains. A la campagne en plus, la qualité de vie est meilleure. Plus on est en ville, plus on court, plus on est sollicités…

Quelles difficultés affectent votre QVT ? 

Ce qui pourrait améliorer ma qualité de vie au travail, ce serait d’avoir plus de temps ! Ce qui me change la vie, en la matière, c’est de ne plus avoir besoin de répondre au téléphone. J’ai Doctolib depuis un an et j’apprécie. Je ne sais même pas comment je faisais avant… Je répondais au téléphone pour tout le cabinet kiné, tout le temps ! Je peux avoir 100 appels par jour. Désormais, les patients appellent, tombent sur le répondeur qui leur dit de prendre rendez-vous en ligne. S’ils ont envie, ils le font. Il y a des contraintes, propres à notre métier, auxquelles on ne peut pas toucher. Mais en se réorganisant, même si c’est difficile, même si tout n’est pas parfait, ce qui est important c’est de se libérer du temps pour soi. Et essayer pendant ce temps pour soi de ne pas faire de l’administratif… Ce qui nous manque, c’est le temps de repos total. Notre métier est épuisant. Nous sommes face à des personnes qui souffrent, qui viennent avec leur charge. On leur prend leur charge, on les soigne. Il faudrait qu’à notre tour, quelqu’un prenne notre charge à nous!

De petits gestes au quotidien pour optimiser la QVT

Qu’avez-vous mis en place pour maintenir votre équilibre et votre qualité de vie au travail ? Quels conseils pourriez-vous transmettre ?

Une chose toute simple : avoir deux téléphones séparés. Le téléphone, c’est ce qui nous relie beaucoup au travail. Je n’arrive pas à jongler avec deux téléphones, mais j’ai trouvé une astuce : les gens que je ne connais pas, qui ne sont pas enregistrés dans mon téléphone, basculent immédiatement sur répondeur. Comme ça, ça ne sonne pas ! Autre conseil : prenez une pause déjeuner. Ne serait-ce que 20 ou 30 minutes, je pense que l’impact est suffisamment minime pour se l’accorder. Enfin, ne laissez pas traîner l’administratif : faites-le au moment où vous voyez votre patient. Sinon, vous allez le faire le weekend. Et souvent, le weekend, c’est le moment où vous  devez essayer de couper !

Êtes-vous une kiné heureuse ?

Une kiné heureuse oui, ce métier est formidable ! Mais aussi une kiné inquiète. Je pense que, foncièrement, il faut se diversifier. Se spécialiser dans la kiné, ou bien être économe et capitaliser via d’autres biais. L’année 2020 nous l’a prouvé : tout peut être bouleversé en un instant. Dans ce contexte-là, si j’ai un conseil à donner, c’est de se méfier des investissements, de ne pas se mettre une corde au cou. Le cabinet très cher, doté de machines très onéreuses, me semble risqué, les charges sont trop importantes par rapport à notre modèle économique. Ce qui a de l’avenir, c’est le soin à domicile, il ne faut pas hésiter à en faire, même si c’est fatigant. La population est vieillissante et a besoin de ce service. Moi-même, si je devais remonter un cabinet aujourd’hui, j’aurais une pièce, un gymnase, mes mains et peu de machines.

 

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L’équipe Doctolib.