Médecin généraliste à Paris, engagée pour la continuité des soins en période de confinement, le docteur Marie Msika-Razon rappelle l’importance de poursuivre les soins et les traitements alors même que le pays vit son deuxième confinement.  Aux côtés des professionnels de santé et mobilisé pour le maintien de l’accès aux soins, Doctolib vous propose de télécharger le guide « Comment assurer la continuité des soins en période de confinement ? ».  

 

Constatez-vous, depuis le début de ce nouveau confinement le 30 octobre 2020, un changement dans votre activité ?

Mon activité n’a pas diminué, mais elle s’est modifiée. Je constate une baisse de la fréquentation en présentiel, mais aussi une hausse de la consultation vidéo. L’une s’est substituée à l’autre. La situation aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qui s’est passé lors du premier confinement. Au printemps, les gens ne sortaient pas du tout, ils se rendaient chez leurs médecins ou à l’hôpital seulement pour de grosses urgences. Bon nombre de patients ont aussi quitté la région parisienne pour passer le confinement ailleurs, d’autres nous ont confié avoir eu peur de venir nous consulter, craignant de se contaminer, de nous déranger, ou bien estimaient que leur demande n’était pas urgente. C’est ainsi qu’en septembre, j’ai reçu des patients sans problème de santé particulier mais qui n’avaient pas consulté le médecin depuis un an, voire un an et demi ! Cette fois-ci, les patients viennent au cabinet et ont aussi le réflexe de la consultation vidéo : mon activité à distance a bondi de 30 % par rapport à d’habitude.

Quelles ont été les conséquences des renoncements ou retards aux soins de vos patients ?

Chez certaines patientes, cela s’est traduit par un échec contraceptif et une grossesse non programmée, parce qu’elles n’ont pas fait renouveler leur plaquette de pilule ou n’ont pas consulté pour leur changement de stérilet. Des bébés n’ont pas été vaccinés. Des patients qui devaient se faire dépister pour une lésion colorectale, par exemple, ont pu avoir des résultats plus inquiétants, plus graves, que s’ils avaient fait leur dépistage plus tôt. L’épidémie de Covid-19 ne doit pas détériorer l’état de santé des patients.

Vous êtes mobilisée pour la continuité des soins, et avez signé l’appel #SoignezVous. Pourquoi était-ce important pour vous ?

Il fallait à tout prix rassurer les patients sur la sécurité sanitaire dans nos cabinets, leur faire comprendre que l’on sait faire et que nos locaux sont des lieux sûrs, d’où l’on ne ressort pas contaminé. Il fallait également clarifier les annonces faites par les pouvoirs publics. La santé est importante, se soigner est un motif de sortie de chez soi autorisé. Et ce, quel que soit le degré d’urgence. Je crois que le message #SoignezVous a été entendu : certains de mes patients m’en ont parlé, et m’ont dit qu’ils allaient bien prendre soin d’eux et continuer à me consulter ! 

Comment avez-vous réussi à garder un lien avec vos patients, à les informer de votre disponibilité ?

Les messages envoyés par Doctolib à nos patients, expliquant que les cabinets restaient ouverts, que nous, médecins, restions disponibles, ont été le meilleur relais qu’on puisse avoir. Nous sommes tellement pris par notre activité que nous n’avons pas le temps de prévenir chacun de nos patients. Je porte une attention toute particulière sur nos patients âgés, fragiles. J’essaie de les appeler, de savoir où ils en sont. Ce n’est pas facile, mais on essaie.

La période est très intense pour vous, médecins. Comment allez-vous ? 

Ça va ! Le rythme est difficile à tenir, la situation s’installe dans la durée. Le climat, le stress des patients peut se reporter sur nous, nous sommes des éponges de tout ce que l’on reçoit. Il faut arriver à trouver le juste équilibre entre notre mobilisation dans les cabinets, en renfort sur le front du Covid-19, et le repos. Savoir lever le pied pour tenir sur la distance, préserver nos forces. Mais on prend les bonnes mesures et je peux dire qu’aujourd’hui, je vais bien !

Pour aller plus loin : 

 

L’équipe Doctolib. #SoignezVous